Un coach pour un emploi avec Ingeus

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En cette fin de matinée de septembre, ils sont une douzaine, tous habillés de noir, à fumer et à discuter au soleil, devant le local d’Ingeus, sur la place du marché de Grande-Synthe, à côté de Dunkerque. Ils ont entre 20 et 25 ans et attendent de passer un entretien d’embauche avec Brahim Fares, le directeur technique de BJB, une société de gardiennage et sécurité.

“On n’a aucune idée des questions qu’il va nous poser”, reconnaît Johnny Priem, 25 ans, originaire de Saint-Pol, à quelques kilomètres de là. Après avoir suivi une formation d’agent qualifié en sécurité prévention (AQSP) et effectué un stage de 15 jours au Monoprix de Dunkerque, il espère aujourd’hui décrocher un contrat.

Cela fait trois mois que Johnny Priem se rend chaque semaine à Grande-Synthe dans les locaux d’Ingeus, une société privée en délégation de service public. En contrepartie de son assiduité, il touche pendant six mois une bourse mensuelle de 300 euros. “Ici, ça n’a rien à voir avec la mission locale ou avec Pôle Emploi, estime-t-il. Là-bas, ils n’avaient pas le temps, j’avais eu un seul rendez-vous en un an.” A côté de lui, Dimitri Legal, 24 ans, renchérit : “A Pôle Emploi, tu as l’impression que tu es un juste un numéro. Ici, on nous prend vraiment pour des personnes, on nous oriente vers des trucs valables.”

La société Ingeus a remporté un appel d’offre il y a trois ans dans le cadre de la mise en place du “Contrat autonomie” du plan Espoir-Banlieues de Fadela Amara. Son objectif dans le secteur : accompagner vers un emploi de plus de six mois, une formation qualifiante ou une création d’entreprise 581 jeunes de 16 à 25 ans originaires des zones urbaines sensibles (ZUS) du bassin dunkerquois (dont 167 originaires de Saint-Pol-sur-Mer).

“Avant de les accepter, nous nous assurons que leur projet professionnel est clairement défini afin que chaque place soit bien utilisée”, explique Thomas Fray, responsable de secteur. 30 % des candidats retenus n’ont pas de diplômes, 40 % ont juste un BEPC. La rémunération de l’entreprise est indexée sur la “sortie positive” des demandeurs d’emploi, ce qui est le cas pour environ la moitié d’entre eux.

A côté de la machine à café, au fond de l’open-space, un tableau d’honneur avec les prénoms des dernières personnes qui ont retrouvé un emploi ou une formation. Ici, même si le terme n’est pas officiellement revendiqué, les jeunes sont “coachés” par un conseiller. “Il faut leur apprendre les codes de l’entreprise parce qu’ils n’y ont souvent jamais mis les pieds, souligne Thomas Fray. Il faut aussi leur montrer que c’est possible d’appeler directement une PME. Certains croient que le patron ne décrochera jamais son téléphone pour leur répondre.”

Au cours des premiers entretiens hebdomadaires (d’environ une demi-heure), la conseillère peut être amenée à passer les premiers appels devant le candidat afin de le rassurer. “Nous leur montrons que c’est quelque chose de simple, on peut même préparer avec eux une trame de ce qui va se dire”, raconte Johanna Rogé, conseillère à Grande-Synthe depuis l’ouverture du site il y a trois ans.

Ingeus organise aussi ponctuellement des ateliers pour expliquer les attentes des employeurs. “Les jeunes qui viennent chez nous ont parfois tendance à un peu idéaliser le monde du travail. On préfère donc leur détailler tous les aspects d’un poste, positifs et négatifs, pour qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise après.” Pour d’autres demandeurs d’emploi “vraiment timides” ou qui n’avaient jamais passé un entretien, Johanna Rogé dit avoir dû faire 2 ou 3 simulations avant de les laisser rencontrer un employeur potentiel.

Dans la salle de réunion, Brahim Fares a terminé ses entretiens. C’est une bonne matinée pour les candidats, le directeur technique a décidé de “pratiquement tous les mettre à l’essai pour voir leur sérieux et leur dynamisme”. Lui aussi se félicite de sa collaboration avec Ingeus. “Quand un de leurs candidats n’est pas prolongé dans ma société, ils m’appellent pour en connaître les raisons. Pôle Emploi ne le fait pas.”

Djalale-Dine Mohamed, 26 ans, et Yamina Benyahia, 24 ans, tous les deux Saint-Polois,  font partie des 3% des demandeurs d’emplois passés par Ingeus qui ont choisi de créer leur entreprise. A la fin du mois, ils lanceront leur propre marque de vêtements (Urban Kingz et Urban Queenz) qu’ils vendront via Internet. “C’est plus réactif qu’à Pôle Emploi, témoignent-ils. Quand on leur a dit qu’on voulait monter une entreprise, ils nous ont répondu que c’était possible. Et ensuite, à chaque rencontre avec le conseiller, on a parlé de l’avancement du projet, il nous aiguillait lorsqu’il y avait des difficultés.”

Mais cette comparaison entre les deux structures a quelque chose d’injuste, reconnaissent cependant nos différents interlocuteurs. Lorsqu’un agent d’Ingeus s’occupe d’un “portefeuille” d’une quarantaine de demandeurs d’emplois, un conseiller Pôle Emploi doit lui en suivre entre 150 et 200. “L’accompagnement modèle devrait ressembler à ça, admet Emmanuel Deleplace, secrétaire régional du SNU, la première organisation syndicale chez Pôle Emploi dans le Nord Pas-de-Calais. Mais nous pourrions le faire nous-mêmes si nous en avions les moyens humains.”

Le représentant syndical souligne que dans la mesure où Ingeus “travaille avec des publics filtrés, c’est plus facile quand les gens sont motivés”. Par ailleurs, dit-il, “quand on regarde les chiffres de placement, il n’y a pas de différence, si ce n’est à notre avantage”. Il rappelle également la mise en place dans la région d’un dispositif d’accompagnement renforcé des jeunes (ARJ) qui permet à des conseillers de Pôle Emploi d’avoir des “portefeuilles” limités à 60 demandeurs d’emploi de moins de 26 ans ayant un niveau bac. “Mais ce sont des structures très marginales.”

“La principale différence entre nos deux structures, c’est que nous nous appuyons davantage sur le projet du candidat alors que Pôle Emploi part plutôt du marché de l’emploi”, estime Thomas Fray. “Et de toute façon, avait résumé début juillet Christine Decodts, chef de projet “contrat de ville” à la mairie de Saint-Pol, quand on a un taux de chômage comme ça [21,4% à Saint-Pol en 2007], le chômage n’appartient à personne”.

Sources : lemonde.fr, 15/09/11

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